Décompte de charges et frais accessoires : établir un décompte qui tient
Un décompte de charges n'est opposable au locataire que si chaque poste repose sur une base contractuelle, sur des coûts effectifs et sur une répartition vérifiable. Le point de départ n'est pas comptable, il est juridique : sans convention spéciale au bail, les frais accessoires sont réputés compris dans le loyer net et rien ne peut être facturé après coup (art. 257a al. 2 CO). Cette page s'adresse au bailleur qui veut facturer et décompter ses charges de façon défendable, du contrôle de la clause au décompte détaillé poste par poste.
À jour au 07.2026
La procédure en quatre étapes
- 1Vérifier que les charges sont convenues au bail
Avant tout calcul, contrôlez que le bail désigne les postes que vous entendez reporter (chauffage, eau chaude, eau et épuration, ordures, électricité des communs, conciergerie, ascenseur, entre autres). Les frais accessoires ne sont à la charge du locataire que si cela a été spécialement convenu (art. 257a al. 2 CO). Une clause générale du type frais accessoires à la charge du locataire est fragile : chaque poste doit être nommé individuellement. Un poste non stipulé au bail reste compris dans le loyer net et n'est pas facturable, même s'il a réellement été supporté.
- 2Réunir les coûts effectifs de la période, poste par poste
Rassemblez, pour l'exercice, les dépenses réellement supportées et justifiées par pièces : factures d'énergie, contrats de maintenance, relevés de compteurs, taxes d'exploitation liées à l'usage. Seuls entrent au décompte les coûts effectifs, sans marge ni bénéfice (art. 257b al. 1 CO). Écartez à ce stade ce qui relève de la charge du bailleur : entretien extraordinaire, grosses réparations, rénovations à plus-value, amortissement, intérêts du capital, gérance générale, les frais d'entretien et de réparation de la chose louée même courants, et la part de conciergerie qui dépasse le nettoyage des communs.
- 3Répartir selon la clé et établir le décompte détaillé
Répartissez les frais communs de l'immeuble selon une clé objective et stable : surface au m2, volume, nombre de pièces, ou relevés de compteurs individuels pour les consommations mesurables. La clé doit être appropriée au poste et compréhensible. Établissez ensuite un décompte détaillé faisant apparaître, pour chaque rubrique, le coût total de l'immeuble, la clé appliquée, la quote-part du logement, les acomptes déjà versés et le solde.
- 4Notifier le décompte, permettre la consultation, régulariser
Adressez le décompte au locataire au moins une fois l'an (art. 4 al. 1 OBLF), dans un délai raisonnable après la clôture de l'exercice ou de la période de chauffe. À sa demande, laissez consulter les pièces justificatives (art. 257b al. 2 CO). Régularisez ensuite les acomptes : le solde est facturé si les coûts effectifs les dépassent, le trop-perçu est remboursé dans le cas inverse. Le délai de paiement du solde ne court qu'à partir d'un décompte régulier et détaillé, consultation honorée.
1.Quels frais le bailleur peut facturer
Art. 257a al. 1 et 2 CO, art. 257b al. 1 CO, art. 256 et 259 COUn frais n'est reportable que s'il réunit deux conditions cumulatives : avoir été spécialement convenu au bail, et constituer une prestation en rapport avec l'usage de la chose au sens de l'art. 257b al. 1 CO. Il s'agit de dépenses d'exploitation périodiques (chauffage, eau chaude, eau et épuration, ordures, électricité des communs, frais de service et de maintenance périodique des installations communes comme l'ascenseur ou la chaufferie, nettoyage des communs, taxes liées à l'usage), reportées au coût effectif, sans marge.
Restent à la charge du bailleur et ne peuvent jamais figurer au décompte, même avec l'accord du locataire : les frais d'entretien et de réparation de la chose louée, même courants, qui relèvent de l'obligation du bailleur financée par le loyer net (art. 256 et 259 CO), l'entretien extraordinaire et les grosses réparations, les rénovations à plus-value, l'amortissement, les intérêts du capital, les impôts frappant la propriété, la gérance générale de l'immeuble, et la part de conciergerie relevant de travaux lourds ou à plus-value. La frontière se joue entre exploiter le bien, qui est admissible, et entretenir ou améliorer sa substance, qui ne l'est pas.
2.Acomptes ou forfait, et le décompte annuel de régularisation
Art. 4 al. 2 OBLF, art. 257a COLe bail organise la perception des charges selon l'un de deux systèmes, qui ne se mélangent pas pour un même poste. Avec des acomptes ou provisions, le locataire verse des montants périodiques à valoir, et le bailleur établit chaque année un décompte qui régularise : solde facturé ou trop-perçu remboursé. C'est le régime qui reflète les coûts réels et qui donne tout son sens au décompte détaillé. L'acompte doit néanmoins rester en rapport avec les coûts effectifs prévisibles : une provision manifestement surévaluée peut être contestée et réduite par le locataire en conciliation, même si le décompte annuel régularise ensuite le solde. Calibrez-la sur la moyenne des dépenses réelles connues.
Le forfait est un montant fixe, sans décompte annuel. Sa contrepartie légale est qu'il doit correspondre à la moyenne des dépenses effectives calculée sur trois ans (art. 4 al. 2 OBLF). Un forfait manifestement supérieur aux coûts réels est abusif et peut être réduit. Le forfait lie le bailleur dans les deux sens : il ne permet aucun rattrapage si les coûts le dépassent, et n'autorise jamais une facture complémentaire de solde.
3.Décompte détaillé, clé de répartition et droit de consultation
Art. 257b al. 2 CO, art. 4 OBLFLe locataire a le droit de consulter les pièces justificatives (art. 257b al. 2 CO). Ce droit fonde l'exigence d'un décompte détaillé, poste par poste : pour chaque rubrique, le coût total de l'immeuble, la clé appliquée, la quote-part du logement, les acomptes versés et le solde. Un décompte global d'une seule ligne ne satisfait pas à l'obligation et ne fait pas courir le délai de paiement.
En immeuble, les frais communs se répartissent selon une clé objective et constante : surface, volume, nombre de pièces, ou consommations relevées par compteur. Aucune clé n'est légalement imposée, mais elle doit être appropriée au poste, explicable au locataire et stable d'un exercice à l'autre. Une clé changeante ou inexpliquée se fait contester. Elle figure sur le décompte lui-même.
4.Chauffage et eau chaude : le régime de l'art. 5 OBLF
Art. 5 OBLFLe chauffage et la préparation d'eau chaude obéissent à un régime propre, avec une énumération limitative des coûts imputables. N'entrent que les dépenses effectives directement liées à l'exploitation de l'installation : combustible et énergie, électricité de service des brûleurs et pompes, énergies de substitution, nettoyage et ramonage, révision périodique et détartrage, relevé et décompte des compteurs et leur entretien, frais administratifs du décompte.
Ce qui est hors liste n'est pas imputable : le remplacement de la chaudière, une installation nouvelle et les réparations importantes sont des investissements à la charge du bailleur. Le chauffage des logements vacants ne peut pas non plus être reporté sur les locataires en place. La répartition se fait par une clé appropriée ou, lorsqu'ils existent, par les relevés de compteurs individuels.
Ce qui rend le décompte contestable
Un poste qui n'est pas désigné individuellement dans le bail est réputé compris dans le loyer net et n'est pas facturable, même s'il a réellement été supporté (art. 257a al. 2 CO). Une clause attrape-tout ne suffit pas. En conciliation, le poste litigieux est simplement retranché du décompte.
Entretien et réparations de la chose louée même courants, entretien extraordinaire, grosses réparations, rénovations à plus-value, amortissement, intérêts du capital et gérance générale n'entrent jamais au décompte. Mélanger dans un même poste une prestation d'exploitation et une intervention à plus-value rend le poste entier suspect et l'expose à réduction.
Un décompte global sans ventilation poste par poste ne déclenche pas l'obligation de paiement du solde. Refuser ou différer la consultation des pièces (art. 257b al. 2 CO) suspend le paiement : le bailleur qui réclame un solde tout en fermant l'accès aux justificatifs perd sur les deux tableaux.
Le forfait doit correspondre à la moyenne des dépenses effectives calculée sur trois ans (art. 4 al. 2 OBLF) ; fixé trop haut, il est abusif et réductible, et il n'autorise aucune facture complémentaire. Une provision d'acompte manifestement surévaluée est elle aussi contestable et réductible en conciliation, indépendamment de la régularisation annuelle. Toute marge, arrondi favorable ou coût non effectif ajouté au décompte sort du cadre de l'art. 257b CO.
Établir un décompte de charges détaillé, par immeuble
imoz établit le décompte de charges détaillé par immeuble à partir des coûts effectifs que vous saisissez, avec une clé de répartition paramétrable (surface, volume, pièces ou compteurs) et une ventilation poste par poste : coût total, quote-part du logement, acomptes déduits et solde. Vous obtenez un document vérifiable, celui qui fonde le droit de consultation. imoz est un outil de gestion : le tri des postes admissibles et l'exigence d'une clause au bail relèvent de votre appréciation ou de celle de votre conseil.
Gratuit, sans carte de crédit. Tarification par bail actif.
Questions fréquentes
Puis-je facturer des charges qui ne sont pas prévues au bail ?+
Non. Les frais accessoires ne sont à la charge du locataire que s'ils ont été spécialement convenus (art. 257a al. 2 CO). À défaut de clause désignant le poste, celui-ci est réputé compris dans le loyer net et ne peut pas être facturé après coup. Reporter en cours de bail une charge jusque-là comprise dans le loyer suppose une modification du contrat par la formule officielle, avec baisse correspondante du loyer net.
Acompte ou forfait : quel système choisir ?+
Les acomptes ou provisions imposent un décompte annuel qui régularise le solde ou le trop-perçu, et reflètent les coûts réels ; ils doivent rester en rapport avec les coûts effectifs prévisibles, une provision manifestement surévaluée étant réductible en conciliation. Le forfait est un montant fixe sans décompte, mais qui doit correspondre à la moyenne des dépenses effectives calculée sur trois ans (art. 4 al. 2 OBLF) ; il ne permet ni rattrapage ni facture de solde. Un même poste relève d'un seul système, et le régime inscrit au bail lie le bailleur.
Le locataire peut-il consulter les factures ?+
Oui. À sa demande, le bailleur doit laisser consulter les pièces justificatives : factures, contrats, décomptes du fournisseur d'énergie et base de la clé de répartition (art. 257b al. 2 CO). Ce droit fonde l'exigence d'un décompte détaillé. Refuser la consultation suspend l'obligation de payer le solde.
Quels frais sont admissibles dans un décompte de charges ?+
Seules les dépenses effectives liées à l'usage de la chose, reportées sans marge (art. 257b al. 1 CO) : chauffage, eau chaude, eau et épuration, ordures, électricité des communs, service et maintenance périodique des installations communes, taxes d'exploitation, pour autant qu'elles soient convenues au bail. Sont exclus les frais d'entretien et de réparation de la chose louée, même courants, qui restent à la charge du bailleur au titre du loyer net (art. 256 et 259 CO), l'entretien extraordinaire, les rénovations à plus-value, l'amortissement, les intérêts et la gérance générale. Hors chauffage et eau chaude (art. 5 OBLF), il n'existe pas de liste légale exhaustive : chaque poste doit satisfaire les deux tests, être convenu au bail et correspondre à un coût d'exploitation effectif.
Comment répartir les charges dans un immeuble ?+
Selon une clé objective, appropriée au poste et appliquée de façon constante : surface au m2, volume, nombre de pièces, ou relevés de compteurs individuels pour les consommations mesurables. Aucune clé n'est légalement imposée, mais elle doit être compréhensible et stable, et figurer sur le décompte. Pour le chauffage et l'eau chaude, le droit cantonal de l'énergie impose fréquemment un décompte individuel par compteurs dans les immeubles concernés, à vérifier selon le canton et l'année de construction.
Cette page fournit une information générale sur le droit du bail suisse (art. 257a et 257b CO, OBLF) et ne constitue pas un conseil juridique individuel. Chaque situation, notamment la validité d'une clause de bail ou le caractère admissible d'un poste litigieux, s'apprécie au cas par cas. Pour une question précise, consultez un avocat ou l'autorité de conciliation en matière de baux à loyer.
